Histoire de Phuket, Thailande
Lutte pour la démocratie
En
Juin 1932, sous le régime du Roi Prajadhipok Rama VII (1893-1941),
un petit groupe de militaires Thaïs et de dirigeants politiques
prépara un complot contre le gouvernement, jusque-là
monarchie absolue. Le coup d'état réussit. Les insurgés,
conduits par Pridi Phanomyong et le Colonel Phibul Songgram, proclamèrent
la monarchie constitutionnelle (le roi règne sans gouverner).
En Mars 1935, Rama VII abdiqua en faveur de son neveu, le Prince
Ananda Mahidol (1924-1946).
En 1932, l'Ile de Phuket fut déclarée province indépendante.
Le nouveau gouvernement était très nationaliste et
devient partisan actif des initiatives Japonaises dont la politique
étrangère proclamait "l'Asie aux Asiatiques".
En 1933, la Thaïlande ne participa pas au vote d'une motion
condamnant l'occupation de la Mandchourie par le Japon. L'un de
ses premiers actes parlementaires fut d'invalider tous les traités
signés avec les nations étrangères et d'accroître
largement les budgets de l'armée et de la marine. En Septembre
1939, la Thaïlande déclara sa neutralité tout
en faisant cause commune avec le Japon. En Juin 1940, la Thaïlande
signa un pacte de non-agression avec la Grande Bretagne et la France.
En Septembre 1940, le gouvernement de Phibul, soutenu et encouragé
par le Japon, exigea de la France occupée la rétrocession
du territoire annexé en 1893. En Novembre 1940, l'armée
Thaï prit possession par la force d'une partie du Laos et du
Cambodge. Le conflit fut réglé grâce à
la médiation Japonaise en Janvier 1941. Selon les termes
de l'accord. la Thaïlande reçut une partie du Cambodge
occidental et toute la partie du Laos située sur la rive
ouest du Mékong. La reprise du contrôle de ces territoires
fut célébrée en Thaïlande dans de grandes
réjouissances et les relations amicales avec le Japon s'en
trouvèrent renforcées.
Le 8 Décembre 1941, quelques heures après l'attaque
Japonaise sur Pearl Harbor, le Japon demanda à la Thaïlande
le droit de faire traverser le pays par ses troupes en direction
de la frontière Malaise. Elles débarquèrent
à Bangkok et dans diverses localités le long de la
côte est de la Thaïlande méridionale. L'armée
Thaï opposa une résistance de pure forme pendant environ
six à huit heures avant de déterminer qu'il serait
impossible de défendre le royaume contre les Japonais et
de leur concéder le libre passage. Le 21 Décembre
1941, la Thaïlande et le Japon signèrent en secret une
alliance dans laquelle Tokyo acceptait d'aider la Thaïlande
à récupérer ses territoires perdus, et en contrepartie,
la Thaïlande s'engageait à assister le Japon dans sa
guerre contre les forces Alliées. Le Japon promit de respecter
la souveraineté et l'indépendance de la Thaïlande.
Le 25 Janvier 1942, la Thaïlande déclara la guerre aux
Etats-Unis et à la Grande-Bretagne.
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La version Thaï de ses engagements pendant la Seconde Guerre
Mondiale ne s'accorde pas vraiment avec les faits, qui sont généralement
résumés en quelques courtes phrases dans ses livres
d'histoire. L'amnésie couvre le plus souvent les crimes de
guerre commis en Thaïlande. Le célèbre film "le
pont de la rivière Kwaï" rappelle cependant l'accord
donné aux Japonais d'amener les prisonniers Alliés
dans la région du Centre où ils furent condamnés
à construire les voies ferrées qui permettraient aux
troupes Japonaises de poursuivre leur invasion de la Birmanie. Au
moins 16.000 prisonniers de guerre Alliés et plus de 100.000
ouvriers Asiatiques durent y travailler, mourant de faim, d'épuisement
et de brutalités. Ils sont enterrés à quelques
kilomètres de Kanchanaburi. En Mai 1944, des avions Alliés
intensifièrent le bombardement de Bangkok et autres objectifs
à travers la Thaïlande. En Juillet 1944, le Japon étant
en mauvaise posture, le gouvernement pro-Japonais de Phibul fut
dénié par le parlement Thaï. Sous le nouveau
premier ministre, et grâce au soutien actif et à la
direction du pro-occidental Pridi Phanomyong, un courant de sympathie
pour la cause Alliée se développa parmi la population
Thaï.
A la fin de la guerre, la Thaïlande se trouvait dans une situation
délicate: elle n'était ni occupée, ni libre.
Elle fut autorisée à invalider sa déclaration
de guerre contre les Etats-Unis, s'épargnant ainsi l'ignominie
qui frappait les pays unis par l'Alliance de l'Axe après
la défaite. Malgré la protestation des pays voisins
et de la Grande-Bretagne, la Thaïlande évita les poursuites
pour crimes de guerre. Afin de l'empêcher de s'approprier
un quelconque territoire issu de sa duplicité pendant la
guerre, on l'obligea à conclure un traité avec la
Grande-Bretagne et l'Inde renonçant, entre autre, à
ses revendications sur la Malaisie et la Birmanie. En Novembre 1946,
la Thaïlande restitua à la France les territoires annexés
en 1941.
Un mouvement civil conduit par Seni Pramoj gouverna le pays entre
1945 et 1946. Entretemps, le 9 Juin 1946, le Roi Ananda Mahidol
(Rama VIII) fut tué dans de mystérieuses circonstances.
Un régent fut nommé en attendant que son frère
(le roi actuel) et successeur, le Roi Rama IX, soit en âge
de régner. La Thaïlande fut admise au sein des Nations
Unies le 15 Décembre 1946, devenant le 55ème Etat
membre de l'Organisation.
En
1947, le Général Phibul Songgram reprit le pouvoir
grâce à un coup d'état sans effusion de sang
et le garda jusqu'en 1957, exception faite d'une brève période
début 1948. Son règne essentiellement dictatorial
posa les bases de sa politique étrangère sur des relations
étroites avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Le 29
Novembre 1951, un groupe d'officiers de l'armée s'empara
du contrôle du gouvernement à l'occasion d'un coup
d'état et rétablit la constitution autoritaire de
1932. Phibul fut maintenu à son poste de premier ministre.
En Septembre 1957, le putsch mené par le Général
Sarit Thanarat, commandant en chef des forces armées Thaï,
renversa Phibul. Un gouvernement de coalition formé en Janvier
1958 fut confié au Général Thanom Kittikachorn.
Mais le Général Sarit renversa à nouveau ce
régime en Octobre 1958. La constitution fut annulée,
la loi martiale instaurée, et tous les partis politiques
évincés. Une constitution permanente fut promulguée
en Juin 1968 (qui résista un peu plus de trois ans) et des
élections parlementaires eurent lieu en Février 1969.
En Novembre 1971, les militaires, menés par le Général
Thanom, abolirent cette constitution et dissolurent le Parlement.
En Décembre 1972, une nouvelle constitution fut proclamée.
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Le Général Thanom dut se retirer en 1973 après
une succession de manifestations estudiantines réclamant
le retour à la démocratie. Fin 1974, une nouvelle
constitution fut approuvée et un gouvernement librement élu
fut formé début 1975. La stabilité tant attendue
ne fut pourtant que provisoire et les nouvelles élections
d'Avril 1976 n'y changèrent pas grand chose. En Septembre
de cette même année, le retour du Premier Ministre
Thanom de son exil à Singapour donna lieu à de sanglantes
batailles à Bangkok entre les étudiants et les membres
de son parti de droite. Début Octobre, le désordre
allant croissant, un groupe militaire mené par l'Amiral Sa-ngad
Chaloryu prit le contrôle du pays et instaura un gouvernement
conservateur. Un an plus tard, celui-ci fut délaissé
aussi et Sa-ngad chargea un nouveau conseil de tenter la réunification
de la société thaï et l'amélioration des
relations avec les régimes communistes voisins. Dès
lors, une nouvelle constitution fut promulguée en Décembre
1978 et de nouvelles élections eurent lieu en Avril 1979.
Cependant, le régime militaire resta au pouvoir pendant encore
un an, puis fut démissionné après une motion
de censure. En Mars 1980, le Général Prem Tinsulanonda
devint premier ministre et résista aux putschs de 1981 et
1985 ainsi qu'aux élections de 1981 et 1986. Lors des élections
de 1988, invité à rester au pouvoir, Prem refusa et
céda son poste de premier ministre à l'ex-Général
Chatichai Choonhavan.
En Février 1991, les militaires renversèrent sans
effusion de sang le gouvernement Chatchai et remirent le pouvoir
au nouvellement formé NPKC (National Peace-Keeping Council),
Conseil National pour le Maintien de la Paix, dirigé par
le Général Suchinda Kraprayoon. C'était la
19ème tentative de prise du pouvoir en Thaïlande et
l'un des dix coups d'état réussis depuis 1932, mais
c'était seulement la deuxième fois qu'un gouvernement
civil élu démocratiquement était renversé.
Le Général Chatchai a été le premier
ministre élu qui est resté le plus longtemps au pouvoir:
2 ans et sept mois. Accusant le gouvernement civil de Chatchai de
corruption et d'achat de votes, le NPKC abolit la constitution de
1978 et dissolut le parlement. Coupable ou non des faits reprochés,
le gouvernement de Chatchai avait commis une erreur fondamentale:
il avait nommé le Général Chaovalit Yongchaiyuth
(Premier Ministre actuel) au poste de ministre de la défense.
Or il était considéré comme l'ennemi des généraux
issus de la Classe 5 qui avaient ourdi le putsch avec le Général
Suchinda. (Les diplômés de l'Académie Royale
Militaire de Chulachomklao se regroupent chaque année en
"cercle de fraternité' qui les unit pour le reste de
leurs carrières. La Classe 5 connue pour son infamie correspondait
à la promotion diplômée en 1958). Le gouvernement
Chatchai avait empiété sur la politique étrangère
traditionnellement réservée aux militaires, plus précisément
sur les relations avec la Birmanie, le Laos et le Cambodge, et les
généraux avaient semble-t-il craint que le premier
Ministre ne les remplace.
Après la prise du pouvoir, le NPKC nomma premier ministre
un civil soigneusement sélectionné, Anand Panyarachun,
ancien ambassadeur auprès des Etats-Unis et des Nations Unies
afin de dissiper les craintes du peuple concernant un éventuel
retour de la junte militaire au gouvernement. Anand clama haut et
fort qu'il ne dépendait de personne, mais tout comme ses
prédécesseurs -- élus ou non -- on ne lui accordait
la liberté de décision que dans la mesure où
elle n'affectaient pas les militaires. Malgré les contraintes
évidentes, il semble que la période d'Anand et de
son cabinet ait été la meilleure que la Thaïlande
ait jamais eue. En Décembre 1991, l'assemblée nationale
de Thaïlande établit une nouvelle constitution garantissant
la majorité parlementaire au NPKC: 270 sénateurs désignés
à la Chambre Haute (équivalent du Sénat) contre
360 députés élus. Sous cette constitution,
sans se soucier du choix du premier ministre suivant ou de quel
parti politique occupe la chambre des députés, le
gouvernement resta largement entre les mains des militaires.
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En Mars 1992, des élections générales aboutirent
à un gouvernement de coalition formé de cinq partis
pro-militaristes. Lorsque le nouveau premier ministre fut accusé
d'être mêlé au trafic de drogue en Thaïlande,
les militaires tentèrent de défendre l'honneur et
l'intégrité du gouvernement en le remplaçant
immédiatement par le Général Suchinda. Le NPKC
promit d'éradiquer la corruption et de bâtir la démocratie.
En Mai 1992, de gigantesques manifestations populaires dirigées
par le charismatique gouverneur de Bangkok Chamlong Srimuang exigeant
la démission du Général Suchinda ébranlèrent
Bangkok et les capitales provinciales. Les sanglantes confrontations
de Bangkok entre manifestants et militaires, qui n'étaient
pas sans rappeler la répression militaire de la Place Tianan
Men, firent au moins 50 morts et des centaines de blessés.
La répression brutale menée par les forces armées
obligea le premier ministre Suchinda à démissionner
après seulement moins de six semaines de présence.
Le Roi confia de nouveau le poste par intérim à Anand
Panyarachun pour une durée de quatre mois. Déjà
apprécié lors de son premier mandat, il fut accueilli
chaleureusement par la majeure partie du peuple qui lui reconnut
une fois de plus son efficacité et son équité.
Les partis pro-démocrates qui avaient gagné une petite
majorité lors des élections de Septembre 1992 réussirent
à se faire admettre dans le Parti Démocrate vétéran
de Chuan Leekpai, natif de la province de Trang (sud Thaïlande)
et fils d'un vendeur de nourriture. Le nouveau premier ministre
ne se coula pas dans le moule du précédent car il
n'était ni général, ni homme d'affaires, ni
académicien. Bien qu'apprécié pour son honnêteté
et sa haute moralité, Chuan, gêné par ses partenaires
de coalition, accomplit peu dans les domaines importants. Son gouvernement
fut renversé à la suite d'un scandale foncier qui
avait éclaté sur l'Ile de Phuket. Une réforme
agraire visant à distribuer les terres aux pauvres fut discréditée
lorsqu'il apparut qu'elle avantageait abusivement les riches propriétaires
fonciers.
De Juin 1995 à Juin 1996, le pays a célébré
le 50ème anniversaire de règne du Roi Rama IX. Banharn
Silpa-archa devint premier ministre après les élections
de Juillet 1995. Constamment accusé d'escroqueries et de
corruption dès le premier jour, le gouvernement Barnhan fut
obligé de procéder à de nouvelles élections
en Novembre 1996, après seulement 16 mois de fonction. Celles-ci
comptèrent parmi les plus déloyales dans la jeune
histoire de la démocratie Thaï. Comme presque tout le
monde le sait, pas moins de 25 milliards de baht furent dépensés
pour acheter les votes de la population rurale. Le NAP, Parti à
vocation nationaliste (National Aspiration Party) conduit par Chaovalit
Yongchaiyuth et une coalition de cinq partis, forma un nouveau gouvernement
très vite entraîné dans une spirale économique
à laquelle il n'était pas préparé. Les
secteurs bancaire et financier croulaient sous le poids d'emprunts
douteux. Les banques internationales et les investisseurs se firent
plus méfiants quant à la véracité des
chiffres et prévisions présentées par les banques
et les agents gouvernementaux, et stoppèrent la fuite des
capitaux vers l'étranger. Tant d'argent quittait le pays
et à une telle vitesse que le FMI (Fonds Monétaire
International) a dû être appelé à la rescousse
pour éviter à l'économie Thaï la faillite
totale. Le marché financier chuta lorsque fut connu le montant
véritable des investissements dans des secteurs improductifs
et la monnaie perdit plus de la moitié de sa valeur en à
peine six mois. Après dix ans d'une croissance spectaculaire,
le résultat final officiellement annoncé fut si alarmant
qu'il déclencha immédiatement la crise économique
en Asie.
Le gouvernement Chaovalit, dont la frêle crédibilité
vola en éclats et l'économie en lambeaux, dut céder
la place en Novembre 1997 au Parti Démocrate de Chuan Leekpai.
Largement considéré comme le politicien le plus honnête
de Thaïlande, le second règne de Chuan avait du pain
sur la planche. A ce jour, son gouvernement est très populaire
et paraît prêt pour continuer à prendre les décisions
difficiles requises pour restaurer la confiance internationale dans
l'économie Thaï.
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